La justification de l’engagement ou de la conversion d’agriculteurs dans un mode de production en agriculture biologique repose en grande partie sur les dimensions transversales de cette activité. En effet, les motivations obéissent à plusieurs finalités ou conduites (économiques, agronomiques, environnementales, sociales, éthiques, esthétiques, émotionnelles, militantes) et sont orientées selon des objectifs et des valeurs tout autant différents. Mais, nous sommes aujourd’hui dans un contexte de transformations importantes de l’agriculture biologique. La multiplication des exploitations, l’augmentation des surfaces cultivées et des volumes de production, la forte hausse des importations et l’accroissement de la demande modifient les façons de pratiquer, de penser et de vivre l’activité. Il s’ensuit notamment un processus d’accélération et d’élargissement des échanges qui contribue à remettre en cause les savoirs et les savoir-faire acquis. Notre colloque propose de réinterroger nos connaissances sur l’agriculture biologique à la lumière des transformations actuelles en croisant les domaines sociaux, économiques, agronomiques, politiques, environnementaux et scientifiques. Pour cela, nous retenons quatre thématiques qui seront débattues en atelier : les nouveaux enjeux économiques, les pratiques et les discours, les questions identitaires, les passerelles scientifiques.
L’atelier sur les nouveaux enjeux économiques analyse les conséquences de l’ouverture et de la réorganisation des marchés de l’agriculture biologique sur la restructuration des systèmes de production. Les agriculteurs et les acteurs industriels, commerciaux et institutionnels repensent l’organisation des exploitations agricoles, des filières et des territoires. Ainsi, notre colloque propose deux types d’interrogation. Une première renvoie au devenir des spécificités de l’agriculture biologique telles la requalification des procédures de labellisation, les outils de mesure de la qualité ou l’émergence de nouveaux débouchés. Une seconde renvoie à des analyses traditionnelles en agriculture telles la performance de l’activité, les systèmes de régulation ou la structuration des filières.
L’interrogation sur les transversalités prend appui sur des pratiques et des discours qui sont « la marque de fabrique » de l’agriculture biologique. En effet, ce mode de production est aisément identifiable grâce aux éléments de réponses originaux qu’il apporte en termes de santé, d’alimentation, de proximité, d’éthique, d’émotions, de savoirs. Ces acquis font de l’agriculture biologique un mouvement social qui apporte des contributions aux débats plus généraux de nos sociétés. Nous nous demanderons dans quelle mesure les transformations de l’économie modifient ces visées et quelles sont les réponses apportées par les agriculteurs. En ce sens, l’atelier sur les pratiques et les discours aborde aussi bien la question de la vulnérabilité et du risque que la part faite aux expériences innovantes et aux processus de mise en durabilité des exploitations agricoles.
L’atelier consacré aux questions identitaires propose une réflexion sur les recompositions sociales et économiques nées des transformations récentes de l’agriculture biologique. Ainsi, la question des tensions nous permet d’interpréter les choix des agriculteurs quand il s’agit de systèmes de production ou les politiques locales et nationales quand il s’agit de réorganiser une filière ou de promouvoir des territoires. De même, les évolutions récentes dans le rapport entre les dimensions productives et éthiques de l’agriculture biologiques sont à l’origine d’une réaffirmation ou d’une réorientation dans la conception du métier. Enfin, la multiplication des modes de production liées à l’écologisation des pratiques invite à s’interroger sur les phénomènes de concurrence ou de synergie, c’est-à-dire au devenir de l’agriculture.
Nous accordons une attention particulière aux passerelles scientifiques qu’exige l’étude de l’agriculture biologique. L’augmentation de la demande en produits bios et les fortes injonctions politiques pour un développement de la filière dopent la production. La recherche agronomique suit et accompagne le mouvement. Le nombre de programmes se multiplie. La vocation transversale de l’agriculture biologique pourrait laisser penser à une pluralité des analyses de son évolution. Il conviendra d’établir un bilan des savoirs produits et de leurs conditions de production. La multiplicité des connaissances requises pour la pratique et le développement de l’agriculture biologique nécessite que l’on dépasse les barrières qui séparent l’agronomie des sciences sociales ou humaines et oblige à construire de nouveaux outils scientifiques. De même, elle appelle à une mise en réseau, qui reste en grande partie à construire, entre la recherche, la formation et le développement.
Président du Comité d'Organisation : Michel STREITH
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