La Société Française d'Economie Rurale (SFER) a organisé deux journées d'étude sur la thématique "Chasse, territoires et développement durable : Outils d'analyse, enjeux et perspectives". L'objectif de ces journées était triple :
- dresser un état des lieux des recherches et études menées dans ce domaine par l'ensemble des sciences sociales et humaines (anthropologie, droit, géographie, histoire, économie, sciences politiques, sciences de gestion, sociologie…), en particulier à la lumière des avancées actuelles dans les sciences biologiques (et plus largement bio-techniques) ;
- rendre compte d'un certain nombre d'expériences de terrain dans des contextes territoriaux variés, afin de favoriser les échanges transversaux entre les acteurs concernés : celles-ci devront prendre en compte les préoccupations de développement durable en matière de chasse, voire plus largement l'intégration des activités cynégétiques dans le développement durable des territoires;
- favoriser les échanges entre chercheurs et enseignants-chercheurs et acteurs de terrain en vue de dégager des perspectives tant en termes de gestion ou de politique publique que pour la recherche.
Avec les modifications des rapports urbain-rural et la prise en compte grandissante des préoccupations de développement durable au sein des territoires, de nouveaux enjeux liés aux pratiques cynégétiques se font jour. Or, les connaissances, les éléments d'analyse et les réponses apportées par la recherche et par les praticiens peuvent être très divers, contrastés, voire contradictoires. Il est donc apparu important de dresser un bilan des questions posées actuellement.
Les praticiens désireux de rendre compte d'expériences innovantes visant à intégrer des préoccupations de développement durable dans divers contextes territoriaux et les spécialistes des différentes sciences humaines comme ceux des sciences biologiques ont été invités plus particulièrement à s'exprimer sur les thèmes suivants :
- l'offre de chasse : L'analyse de l'accès aux territoires de chasse est, en effet, une question sensible, impliquant des enjeux juridiques (mise en avant du droit de chasse confronté au droit de propriété), sociaux (existence possible de servitudes ou conventions), voire économiques (valorisation possible des gibiers) ;
- la demande de chasse : la diversité des chasseurs et de leurs pratiques, des plus anciennes aux plus récentes ; les représentations des animaux sauvages et de la nature qui leur sont liées, les clivages et les rapports qui se nouent entre chasseurs comme entre chasseurs et non chasseurs ;
- le circuit économique de la chasse : les produits de la chasse, leur valorisation, la création et le développement de produits touristiques liés à la chasse et plus généralement le rôle de la chasse dans le développement durable des territoires ;
- le rôle des chasseurs en tant que gestionnaires de la faune sauvage et leur contribution à la conservation de la biodiversité au côté d’autres acteurs : agriculteurs, forestiers, protecteurs de la nature, collectivités et institutions dédiées, etc. Plus largement, la mise en place de dispositifs multi-acteurs (scènes locales, forums) dans la construction du développement durable pourrait constituer un objet d'analyse.
- le rapport entre chasse et territoire : Il renvoie à la fois à des enjeux de gestion, de représentation, d'appropriation symbolique et d'identité, à la construction des territoires induits par la chasse ;
- les conflits d'usage et de valeur suscités par la chasse : la manière dont les enjeux de la chasse sont expertisés (objectifs de gestion, évaluation des populations animales, estimation et indemnisation des dégâts de gibier, modalités d’élaboration des plans de chasse) peut intervenir dans ces conflits comme éléments de modération ou d’amplification ;
- le statut juridique, économique, sociologique des animaux sauvages entre bien privé, res nullius et bien public versus bien commun ;
- la complexité des réglementations (nationale, européenne voire internationale) et des répercussions sur la gestion, le statut des espèces et les conflits induits relatifs à l’acceptation ou non de ces nouvelles mesures.
- les politiques ayant des répercussions directes ou indirectes sur la chasse : elles sont en partie fondées sur des savoirs scientifiques dont la construction et la légitimité constituent autant de points à appréhender. Le rôle des mesures agro-environnementales, (gestion de la biodiversité ordinaire, jachère faunistique, etc.), des ORGFH (Orientations Régionales pour la Gestion de la Faune Sauvage et des Habitats) ont été particulièrement évoqué.
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