Dernières parutions

N° 368 (avril-juin 2019)

Le soutien du conseil régional d’Auvergne à l’agriculture biologique : entre volonté politique et intérêts professionnels
Léa SENEGAS 
Cet article interroge les liens entre la capacité politique du conseil régional et la structuration territoriale des représentants professionnels agricoles. L’analyse de la politique de soutien à l'agriculture biologique portée par le conseil régional auvergnat de 2004 à 2015, témoigne d’un renforcement des ressources institutionnelles de la collectivité qui s’explique notamment par un volontarisme politique du président de l’exécutif régional. Cependant, la prégnance de la place de l'État et l'impossible régionalisation des intérêts professionnels constituent des obstacles majeurs à l'action du conseil régional. L’organisation territoriale des intérêts professionnels apparait dans ce cadre comme facteur et témoin de la capacité politique de l’institution régionale.
MOTS-CLÉS : régionalisation, politique agricole, représentation professionnelle, agriculture biologique, capacité politique
 
Pourquoi rester en « ville moyenne » ? Le cas d’entreprises agroalimentaires d’Occitanie
Geoffroy LABROUCHE, Rachel LEVY
Dans cet article, les auteurs proposent d’étudier les avantages et les inconvénients qui poussent les entreprises du secteur agroalimentaire à rester localisées dans des villes moyennes. Après avoir passé en revue la littérature sur les déterminants de la localisation d’entreprises dans les métropoles et les zones rurales, ils soutiennent que la ville moyenne combine les avantages de la métropole et des zones rurales. Sur la base d’entretiens semi-directifs, les auteurs étudient plus particulièrement le cas de 10 entreprises agroalimentaires localisées dans le sud-ouest de la France. Cette étude exploratoire permet de confirmer la spécificité des villes moyennes et de souligner le rôle crucial des politiques de soutien aux entreprises locales comme facteurs de différenciation entre villes moyennes.
MOTS-CLÉS : ville moyenne, industrie agroalimentaire, métropole, ruralité, étude de cas
 
Impact du conseil agricole privé sur l'efficacité technique des petits producteurs d’ananas au Bénin
Esaïe GANDONOU, Sylvain KPENAVOUN CHOGOU, Anselme ADEGBIDI 
Cet article vise à mesurer l'impact du conseil agricole piloté par le Réseau des Producteurs d’Ananas du Bénin (RéPAB) sur l'efficacité technique de la production de l'ananas. Avec un échantillon représentatif de 135 producteurs, les résultats obtenus avec la méthode d’appariement basée sur les scores de propension ont montré que les conseils offerts aux producteurs par le RéPAB ont permis d’accroître l'efficacité technique de la production de l’ananas au Bénin de 11,2 % par rapport à l’indice d’efficacité moyen de l’échantillon de 66,7 %. Néanmoins, pour produire davantage d’effets, ces conseils méritent d’être renforcés pour atténuer l’exclusion du système des producteurs les moins instruits qui sont les plus nombreux.
MOTS-CLÉS : appariement, efficacité technique, conseil agricole, impact, Bénin
 

Les coopératives agricoles dans la transition écologique des agriculteurs. Les dispositifs de preuve de l’intérêt économique
Soazig DI BIANCO, Nejla BEN ARFA, Mohamed GHALI, Élodie TURPIN, Karine DANIEL
L’Agriculture écologiquement intensive (AEI) est développée par les coopératives de l’Ouest de la France comme une démarche agroécologique. Cependant, la mobilisation des agriculteurs dans la démarche reste faible. Cet article propose une analyse des facteurs d’engagement et des actions menées pour les mobiliser dans l’AEI. Il propose une articulation d’analyses quantitatives et qualitatives et mobilise des enquêtes réalisées auprès de coopérateurs et de technico-commerciaux. Les résultats montrent : que l’adoption des pratiques AEI est motivée par la nécessité de preuve économique ; que le réseau professionnel des agriculteurs est aussi important que les caractéristiques de leurs exploitations et que les coopératives peuvent contribuer à l’engagement des agriculteurs dans la transition écologique.
MOTS-CLÉS : innovation, changement technique, transition agro-écologique, AEI, adoption

FAITS ET CHIFFRES
Le vigneron champenois dans sa filière. État des lieux, évolutions et enjeux économiques
Aurélie RINGEVAL-DELUZE
Malgré des performances économiques passées hors normes, la filière champagne n’a pas profité du dynamisme du marché des vins effervescents de ces dix dernières années. Dans un contexte concurrentiel qui s’est fortement durci, les expéditions de champagne en volume ne progressent plus et les vignerons sont les plus touchés par cette situation. La rentabilité économique de ces derniers est menacée à la fois par le ralentissement de leurs expéditions en aval de la filière, mais également par une diminution de leurs marges d’exploitation du fait de la baisse des rendements à la vendange et, enfin, par l’intensité capitalistique croissante du secteur due à la forte hausse du prix du foncier et de la valeur des stocks. Cette situation nouvelle pose la question de l’évolution de leur modèle économique. 
MOTS-CLÉS : vigneron champenois, rentabilité, compétitivité

Le marché des broutards en France : organisation de la filière, transmission de l’information et qualité
Axelle POIZAT, Sabine DUVALEIX-TREGUER, Arnault RAULT, Florence BONNET-BEAUGRAND
La filière française viande de jeunes bovins de boucherie mâles est la première productrice d’Europe. Cet article s’intéresse plus spécifiquement à la filière des jeunes bovins mâles de boucherie de race à viande et à la structuration de la filière en France. Cet article résulte d’une enquête auprès d’acteurs de la filière et explique (i) l’organisation du marché des broutards entre élevage naisseurs et engraisseurs, spécifiant le rôle clef des intermédiaires commerciaux ; (ii) les caractéristiques des transactions (modes de coordination verticale, préférences des éleveurs) ; et (iii) les facteurs d’incertitude pour la traçabilité (sanitaire notamment) liés à cette organisation.
MOTS-CLÉS : jeunes bovins mâles de boucherie, broutards, organisation de filière, information, négoce, santé animale, transmission de l’information

N° 367 (janvier-mars 2019)

Des coopératives de consommation aux circuits courts alimentaires. Le local d'une époque à l'autre
Clémence NASR
Les circuits courts alimentaires ne sont que très peu étudiés par la théorie politique alors qu'ils nous disent quelque choses de la société à venir. Cet article entend montrer qu’en leur sein, l’enjeu du local se politise. C’est en étudiant de près l’ancêtre du circuit court, la coopérative de consommation du XIXe siècle, que l’on comprend que, si la résistance spatiale à la globalisation et ses conséquences est ancienne, le sens politique qui lui est rattaché a évolué. En effet, alors que l’identité de la coopération de consommation ne se situait pas au niveau local, les circuits courts locaux donnent corps à une relocalisation alimentaire : une signification politique du lieu s’y construit peu à peu.
MOTS-CLÉS : local, alimentation, association, économique, politique
 
L'alimentation comme levier de développement territorial ? Réflexions tirées de l'analyse processuelle de deux démarches territoriales
Salma LOUDIYI, Marie HOUDART
L’article porte sur les mécanismes à l’œuvre dans la territorialisation de l’alimentation dans des contextes ruraux français. L’approche empirique repose sur deux cas de démarche de développement territorial en Auvergne-Rhône-Alpes. Le cadre d’analyse croise approches temporelle et territoriale, la démarche repose sur la réalisation d’entretiens semi-directifs. Les résultats de l’analyse croisée permettent de documenter les processus de développement territorial à partir de la question alimentaire en soulignant : les ressources territoriales activées et/ou créées dans le cadre de ces processus, la place des différents acteurs et le rôle de certains acteurs-clés, le caractère intégrateur de la question alimentaire dans les processus de développement territorial.
MOTS-CLÉS : alimentation, trajectoire, ressource territoriale, intégration, développement territorial
 
La durabilité des circuits courts, une question d’échelle ? L’importance de court-circuiter les schémas classiques d’analyse
Kevin MARÉCHAL, Lou PLATEAU, Laurence HOLZEMER
La durabilité des circuits courts (CC) est souvent abordée selon les performances comparées entre les chaines locales et globales. Or, force est de constater que les études menées sur le sujet s’accommodent très mal des spécificités liées aux CC. La perspective adoptée dans cet article s’émancipe d’une analyse de la durabilité articulée autour de ses piliers et endosse une approche inductive. À travers une analyse qualitative, l’étude souligne l’importance d’observer les logiques multi-acteurs à l’œuvre au sein des territoires. Parmi les ressorts fondamentaux, émerge, tel un dénominateur commun aux CC, la densité des interactions que les acteurs tissent entre eux. Cet aspect est fondamental tant pour la compréhension des leviers que pour celui des freins à la durabilité des initiatives.
MOTS-CLÉS : circuits courts, durabilité, ancrage territorial, logique multi-acteurs, densité des relations
 

L'açai en Amazonie : quelles qualité pour la coexistence de circuits courts globaux
Nathalie CIALDELLA, Edfranklin SILVA, Livia NAVEGANTES-ALVES, Janaina DINIZ
En Amazonie brésilienne, la pulpe d’açaí se consomme traditionnellement naturelle et accompagne des plats salés. Depuis les années 1990, l’açaí s’exporte sur des modes de consommation sucrés. Les auteurs s’interrogent sur le rôle des modes de consommation et des mécanismes qui garantissent la « qualité » aux consommateurs, dans la coexistence de différents circuits de commercialisation de la région métropolitaine de Belém (Pará). La manière dont les transformateurs traitent de la qualité, renvoie à des attributs variés : sanitaire, productive (bio), sociale (équitable), gustative. Mise en avant exclusivement dans les circuits courts et non standardisée, la qualité gustative est liée à l’origine du fruit, aux pratiques de cueillette, de production et de transport. Circuits longs et courts se distinguent par les goûts des consommateurs et par des mécanismes formels ou informels de certification, basés sur des relations de confiance. Leur coexistence future dépend de la mise en place de mécanismes garantissant la qualité gustative des pulpes, la diversité des goûts des consommateurs et l’inclusion des populations traditionnelles dans la filière.
MOTS-CLÉS : qualité, goût, açai, coexistence, circuits courts et globaux

Possibilités et controverses autour de la territorialisation des marchés agroalimentaires au Brésil
Monique MEDEIROS, Antonio CAZELLA, Andréia TECCHIO, Geneviève CORTES
Cet article analyse la construction sociale des marchés agroalimentaires favorisés par les politiques publiques d’achat d’aliments et par des actions territoriales des agriculteurs familiaux et d’acteurs publics, localisés dans la côte nord de l’État du Rio Grande do Sul au Brésil. La recherche se fonde sur un travail de terrain mené entre 2013 et 2016, et plus précisément sur des entretiens semi-structurés menés auprès d’agriculteurs, des vulgarisateurs agricoles et des médiateurs sociaux, parallèlement à une observation participante du système de fonctionnement de deux coopératives agricoles. Les résultats montrent l’existence d’un réseau social innovant, jouant un rôle important pour la reproduction socioéconomique des agriculteurs familiaux et le renforcement des liens sociaux. Cependant, certaines limites sont à souligner, notamment le fait d’une faible participation des agriculteurs familiaux les plus pauvres.
MOTS-CLÉS : agriculture familiale, développement territorial, innovation sociale, politique publique, Brésil

Quels effets des circuits courts de commercialisation sur les moyens d'existence des petits producteurs agricoles ? Le cas d'une foire paysanne à Quito (Équateur) 
Veronica BONOMELLI, Laurence ROUDART
En Équateur, les circuits courts se développent, sous l’impulsion de l’État et des organisations de la société civile soucieuses de promouvoir l’agriculture familiale marginalisée. Cet article utilise le cadre analytique des moyens d’existence durables (Sustainable Livelihoods Framework) pour étudier les effets sur des petits producteurs agricoles de leur participation à une foire hebdomadaire de vente directe aux consommateurs, à Quito. Il montre que cette participation entraîne, de manière directe et indirecte, un renforcement de plusieurs de leurs capitaux, qui induit à son tour une amélioration des conditions d’existence et des ressources productives.
MOTS-CLÉS : circuits courts, agriculture familiale, souveraineté alimentaire, moyens d'existence, Équateur

N° 366 (octobre-décembre 2018)

 
Productivité agricole et déforestation dans le bassin du Congo
Novice Patrick BAKEHE
Cet article s’intéresse à l’effet de la productivité agricole sur l’environnement, à travers l’exemple de la déforestation. L’auteur examine cette relation à partir d’un échantillon comprenant neuf pays du bassin du Congo pour la période allant de 1990 à 2010. Les résultats économétriques montrent que l’augmentation de la productivité agricole réduit le taux de déforestation pour les pays considérés. L’augmentation de la productivité agricole peut donc être un moyen pour résoudre à la fois le problème de la production d’une plus grande quantité de nourriture et celui de la préservation des forêts dans le bassin du Congo.
MOTS-CLÉS : déforestation, productivité agricole, bassin du Congo, méthode d’Arellano et Bond
 
Les choix français en matière de convergence des aides découplées de la PAC à l’horizon 2019
Catherine LAROCHE DUPRAZ, Laurent PIET
La PAC 2014-2020 vise à réduire les écarts de paiements directs à l’hectare du 1er pilier dans les États membres en appliquant le principe de convergence au « paiement de base ». Or le paiement vert et le paiement redistributif optionnel complètent le paiement de base et leurs montants dépendent des choix nationaux d’application de la PAC. En utilisant un simulateur calibré sur la ferme France à l’aide des données du RICA, les auteurs montrent que le calibrage des seuls instruments de convergence a des effets limités, tandis que d’autres curseurs de la politique ont un impact parfois nettement plus significatif sur la convergence des paiements découplés totaux à l’hectare ou à l’exploitation. Les choix politiques français se révèlent être le fruit d’un compromis aux objectifs ambitieux en matière de convergence à l’hectare, sans remettre réellement en cause la hiérarchie des bénéficiaires des paiements découplés totaux à l’échelle de l’exploitation.
MOTS-CLÉS : politique agricole commune, convergence, aides découplées, paiement redistributif, France
 
Coexistence et hybridation des modèles agricoles en Amazonie orientale. L’exemple la production laitière dans deux villages de la « commune verte » de Paragominas
Étienne POLGE, André TORRE, Fréderic WALLET
La question de la coexistence de modèles agricoles différents se pose lorsqu’ils se rencontrent au sein d’un même territoire ou d’une même filière. Cet article contribue à l’évaluation des effets de cette coexistence sur les systèmes sociotechniques et sur le développement territorial. L’étude a été conduite dans la commune d’Amazonie brésilienne de Paragominas dans laquelle le premier pacte territorial de lutte contre la déforestation, à l’origine du programme municipalité verte de l’état fédéré du Pará, fut scellé entre les acteurs. Des données primaires ont été collectés sur les interactions entre producteurs dans une filière laitière émergente de deux villages, traitées par des analyses de réseaux sociaux. L’article montre qu’au-delà de l’adoption ponctuelle de pratiques considérées comme éco-efficientes par des producteurs spécialisés, la durabilité des systèmes de production au niveau territorial dépend avant tout de la gestion de la coexistence des modèles et des rapports de domination qui la sous-tendent.
MOTS-CLÉS : coexistence, modèle agricole, éco-efficiences, réseaux socio-économiques, Amazonie
 
Les effets des investissements d’agrobusiness sur les agriculteurs familiaux. Le cas de la vallée du fleuve Sénégal
Guillaume SOULLIER, Paule MOUSTIER, Jérémy BOURGOIN, Alpha BA
Des politiques agricoles en Afrique de l’Ouest soutiennent les investissements d’agrobusiness sur des territoires où vivent des agriculteurs familiaux. Les auteurs étudient les effets de ces investissements sur la gouvernance territoriale, ainsi que sur l’accès au foncier, le revenu, la sécurité alimentaire et les pratiques agricoles des petits producteurs. Le cadre conceptuel est celui de la gouvernance des chaînes de valeur et des territoires. Le territoire étudié est la vallée du fleuve Sénégal, où les auteurs ont réalisé des entretiens semi-directifs, deux enquêtes quantitatives et un atelier participatif. Les résultats montrent que le changement de gouvernance territoriale dépend de la prise en compte des institutions coutumières et légales, et que les effets de la coordination verticale sont différents en fonction des types de producteurs familiaux.
MOTS-CLÉS : agriculture familiale, agrobusiness, gouvernance, Afrique, Sénégal
 
Le rôle de la famille dans la régulation des marchés fonciers à Madagascar
Hadrien DI ROBERTO, Emmanuelle BOUQUET 
À partir d’une étude de cas approfondie à Madagascar, l’article analyse le rôle de la famille dans le fonctionnement des marchés fonciers. Il met en évidence que la vente d’une parcelle issue d’un héritage ne relève pas d’une décision individuelle. Bien que les droits d’usage soient divisés entre ménages nucléaires, la famille élargie conserve des prérogatives sur le droit de vendre. Elle établit des règles de priorité qui structurent la diffusion des offres en faveur de la famille proche puis élargie. La diffusion contrôlée de l’information sur les offres fournit des opportunités d’achat aux ménages modestes insérés dans les bons réseaux familiaux. Aussi, certaines transactions, qualifiées localement de ventes « vivantes », facilitent le rachat ultérieur des terres cédées en assurant un droit de préemption au vendeur. Ces régulations contribuent à amortir les chocs de décapitalisation dans un contexte où dominent les ventes de détresse.
MOTS-CLÉS : transaction foncière, famille, encastrement, faisceau de droits, vente à réméré
 
Instrument mixte pour réguler la pollution diffuse : une étude expérimentale
François DESTANDAU, Mohamed Ali BCHIR, Anne ROZAN
Réguler une pollution diffuse en mixant des d’instruments, taxe ambiante et zones tampons, apparaît séduisante en théorie mais risque de compliquer la coordination et donc la mise en œuvre de la politique. C’est ce que les auteurs cherchent à observer à travers une expérience en laboratoire. Afin d’atteindre une norme environnementale, et ainsi éviter de payer une taxe ambiante, les joueurs avaient la possibilité de renoncer, en partie, à une activité lucrative mais polluante, ou contribuer à une zone tampon. Leur expérience montre la capacité de cet instrument mixte à converger vers l’objectif environnemental.
MOTS-CLÉS : gestion de l’eau, pollution diffuse, taxe ambiante, zone tampon, expérience en laboratoire

N° 365 (juillet-septembre 2018)

 
RECHERCHE
 
Système participatif de garantie dans les labels du mouvement de l’agriculture biologique : une réappropriation des communs intellectuels
Sylvaine LEMEILLEUR, Gilles ALLAIRE
Les auteurs considèrent le contenu des labels relevant de l’agriculture biologique comme une ressource commune intellectuelle. La certification tierce partie privée et payante s’est imposée comme seul outil légal pour contrôler ces dispositifs et accéder à l’utilisation des labels devenus publics. Cette certification couteuse est à même d’exclure une partie des communautés à l’origine de la ressource et menace son renouvellement. Dans cet article, nous décrivons un mécanisme alternatif, celui des systèmes participatifs de garantie. En s’appuyant sur l’approche des communs d’Ostrom, les auteurs analysent les conditions d’efficacité et de durabilité de ces systèmes, dont le développement participe à un mouvement de reconquête des communs.
MOTS-CLÉS : label, certification, système participatif de garantie, agriculture biologique, communs
 
Coordonner la construction territoriale par la vision du futur : les dynamiques d’investissement agricole dans l’InterScot toulousain
Mikaël AKIMOWICZ, Charilaos KÉPHALIACOS
L’urbanisation rapide questionne les conditions de préservation d’un secteur agricole viable dans les espaces périurbains. À travers le prisme des décisions d’investissement des agriculteurs, l’article questionne l’émergence d’une vision partagée du futur dans l’InterSCoT toulousain. Les auteurs analysent vingt entretiens avec des agriculteurs à la lumière du concept de futurité de J.R. Commons et en triangulent les résultats à l’aide d’un focus group avec des acteurs de la planification urbaine et de l’encadrement agricole. Les résultats soulignent un manque significatif de coordination entre ces acteurs. La remise en question de pratiques de l’encadrement ainsi que la construction d’une vision partagée du futur entre les acteurs du développement local apparaissent nécessaires pour une meilleure insertion des projets des agriculteurs dans le projet territorial toulousain.
MOTS-CLÉS : investissement, futurité, agriculture périurbaine, construction territoriale, InterSCoT toulousain
 
Taux et déterminants de l’adoption de variétés améliorées de riz au Sénégal
Ndèye Seynabou DIOUF SARR, Blaise Waly BASSE, Amadou Abdoulaye FALL
Le riz reste la céréale la plus prisée au Sénégal et occupe une place prépondérante dans la satisfaction des besoins alimentaires du pays. Toutefois, l’offre locale est insuffisante ce qui fait que la demande nationale en riz est en grande partie satisfaite par les importations. Pour infléchir cette tendance négative, des variétés améliorées de riz ont été introduites dans toutes les zones agro écologiques du pays. L’objectif de cette étude est d’estimer les taux d’adoption et les facteurs déterminants de l’adoption des variétés améliorées de riz développées par les institutions de recherche au Sénégal. Les données utilisées proviennent d’enquêtes réalisées au niveau de 317 producteurs rizicoles en système pluvial au niveau de la région de Fatick située au centre du Sénégal. La méthode semi paramétrique de l’effet de traitement a été utilisée. Les résultats indiquent un taux d’adoption actuel de 29 % contre un taux d’adoption potentiel de 69 %. Aussi, la superficie de riz cultivée est un déterminant significatif à la fois sur l’accès et l’adoption de variétés améliorées de riz.
MOTS-CLÉS : adoption, variétés améliorées, pluvial, Sénégal
 
Les motivations économiques et non-économiques dans le choix de pratiques des viticulteurs : une approche par la programmation mathématique
Jesus LOZANO VITA, Florence JACQUET, Sophie THOYER
Les agriculteurs choisissent leurs itinéraires techniques non seulement en fonction des contraintes auxquelles ils font face et de leur profit espéré, mais aussi en fonction de leurs motivations et préférences personnelles. Les auteurs proposent une méthode originale de modélisation de la décision de l’agriculteur, fondée sur la programmation multi-objectif, afin de prendre en compte différents types de motivations, économiques et non économiques. À partir de simulations reproduisant les itinéraires techniques de cinq viticulteurs d’une coopérative du Sud de la France, ils montrent qu’il est possible de « révéler » les poids relatifs de ces motivations et que ceux-ci sont proches des poids « déclarés » par ces mêmes viticulteurs. Ce travail illustre comment les modèles de programmation mathématique, utilisés en aide à la décision publique, peuvent être enrichis pour mieux refléter la diversité des motivations des agriculteurs.
MOTS-CLÉS : viticulture, programmation multi-objectifs, comportement, pratique agricole
 
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FAITS ET CHIFFRES
 
La diversité de l’élevage de ruminants au sein des territoires
L’exemple de la région Auvergne-Rhône-Alpes
Hélène RAPEY, Pierre-Julien GENDRON, Sean HEALY, Martine HIRIART-DURRUTY, Nicolas VENY, Marie MIQUEL, Mathilde BONESTEBE, Bertrand DUMONT
L’élevage de ruminants présente une forte diversité inter-exploitation dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA). La diversité des ateliers et des produits intra-exploitation permet de faire face aux aléas du marché. Afin de mieux caractériser cette diversité de l’élevage à deux échelles, les auteurs mobilisent la typologie d’exploitations Inosys. Il en ressort que 39 % des élevages de ruminants ont plusieurs ateliers et que la majorité des élevages dits « spécialisés » vend plusieurs produits. La diversité inter et intra-exploitation est aussi inégalement répartie en montagne comme en plaine.
MOTS-CLÉS : élevage, diversité, territoire, exploitation, diversification
 
Russie : un retour réussi sur la scène agricole mondiale
Des années 1990 à l’embargo
Quentin MATHIEU, Thierry POUCH 
L’instauration par Moscou d’un embargo commercial à l’endroit des produits agricoles et alimentaires en provenance de l’Union européenne, des États-Unis, et de quelques autres pays comme la Norvège ou l’Australie, a eu des répercussions importantes. Ces répercussions ont toutefois été mesurées que du seul côté des exportateurs. Le préjudice économique subi notamment par des producteurs français de viandes, de fruits et légumes et de produits laitiers, a été rapidement mis en avant. Sans sous-estimer l’importance des pertes occasionnées par la fermeture du marché russe, il semblait intéressant de voir quelles ont pu être les conséquences de l’embargo côté russe. L’article montre que cette politique commerciale n’a fait qu’amplifier une tendance à l’œuvre depuis le début des années 2000, à savoir le redressement de l’agriculture russe. La Russie est ainsi (re)devenue l’un des grands acteurs agricoles mondiaux.
MOTS-CLÉS : relations internationales, politique commerciale, production et échanges agricoles et alimentaires
 
Projection de la population des exploitations agricoles françaises à l’horizon 2025
Laurent PIET, Legrand Dunold Fils SAINT-CYR 
Cet article propose une projection de la population des exploitations agricoles françaises à l’horizon 2025 grâce à l’utilisation conjointe des données de la base des cotisants non-salariés (COTNS) de la Mutualité Sociale Agricole, et du Recensement Agricole de 2010. Pour ce faire, les auteurs présentent d’une part, la méthode utilisée pour consolider les données COTNS à l’échelle des exploitations et, d’autre part, le modèle « mobile-stable » permettant d’estimer les probabilités de transition caractéristiques des processus d’entrée, de sortie et de changement de taille des exploitations. Les projections réalisées montrent que, si les tendances se maintiennent, la France pourrait compter 342 000 exploitations en 2025, soit une baisse d’environ 30 % par rapport à 2010.
MOTS-CLÉS : exploitations agricoles, changement structurel, modèle mobile-stable, MSA, France

Economie Rurale N°364 Avril-Juin 2018

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RECHERCHE

La régulation laitière face à la volatilité des marchés : États-Unis, Nouvelle-Zélande, Canada, France, Suisse
Daniel-Mercier GOUIN, Jean-Christophe KROLL
L’objectif de cet article consiste, dans un contexte de volatilité accrue des prix des produits laitiers, à documenter et comparer la logique les systèmes de régulation mis en œuvre dans divers pays afin de gérer cette volatilité. Cinq pays font l’objet de l'analyse : les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, le Canada, la France et la Suisse. Les mécanismes de gestion des déséquilibres de marché sont inexistants en Nouvelle-Zélande. Au Canada, la notion de déséquilibre de marché ne peut exister tant que le système de gestion de l'offre reste en place. Mais ce système de régulation isole l’industrie canadienne du reste du commerce mondial, et la contraint à se développer sur la seule base du marché domestique. Aux États-Unis, l'intervention sur le marché en cas de baisse des marges est définie de telle sorte que son impact sur un rééquilibrage du marché risque d'être très limité. Par contre, le programme de paiements contra-cycliques pourra protéger le revenu des producteurs. En France, la gestion du marché par les quotas a été progressivement démantelée pour être remplacée par une contractualisation entre producteurs et laiteries. Les mécanismes de gestion de déséquilibre des marchés ne sont pas vraiment définis dans les textes de l'Organisation commune des marchés, laissant planer une forte incertitude quant à la capacité du système d'apporter une protection des revenus aux producteurs laitiers. En Suisse, la gestion des déséquilibres relève de l'interprofession, sans que cette dernière n'ait vraiment réussi à être efficace en la matière.
MOTS-CLÉS : politique laitière, prix à la production, régulation

Global Dairy Trade, plateforme électronique néo-zélandaise de commercialisation : quelles opportunités pour les marchés mondiaux de produits laitiers ?
Jean-Noël DEPEYROT, Marion DUVAL
Alors que les marchés mondiaux de produits laitiers connaissent depuis 2007 une instabilité accrue, la Nouvelle-Zélande a développé en 2008 une innovante plateforme numérique d'enchères pour la commercialisation, Global Dairy Trade. Cette plateforme affichait comme objectifs d’améliorer la mise en relation des opérateurs, de fluidifier et de clarifier les échanges, de faciliter et rendre transparente la formation des prix, permettant aux opérateurs de la filière de mieux anticiper leurs marchés. Les auteurs détaillent ici le fonctionnement de la plateforme et, à partir d'une analyse des résultats des enchères, ils montrent que si elle se révèle efficace en termes de commercialisation, les volumes qui y transitent restent minoritaires, y compris pour son fondateur Fonterra. Dans ces conditions, et compte tenu de certaines asymétries de marché, les prix sur Global Dairy Trade ne peuvent constituer un prix de référence au niveau mondial. Par ailleurs, leur pouvoir informatif se révèle très limité, ce marché restant plus suiveur que révélateur de tendances.
MOTS CLÉS : enchères, Nouvelle-Zélande, prix mondial, produits laitiers

Quelles conditions d’accès au marché des éleveurs après les quotas laitiers ?
Pierre LAMBARÉ, Marie DERVILLÉ, Gérard YOU
La fin des quotas consacre le passage d’une régulation administrative et interprofessionnelle à un pilotage privé de la filière laitière. Cet article s’appuie sur une analyse de la littérature et sur une enquête approfondie pour proposer une définition institutionnelle des relations contractuelles et une typologie des arrangements contractuels laitiers français. Il montre que la libéralisation des marchés se traduit par une dégradation des conditions d’accès au marché des producteurs d’autant plus marquée que les laiteries refusent de coopérer et que les producteurs sont peu organisés. La représentativité et la montée en compétences des Organisations de producteurs (OP) tant en matière de négociation, de gestion des volumes que de création de valeur apparaissent comme des leviers d’action qu’un cadre réglementaire favorable peut soutenir.
MOTS CLÉS : contrats laitiers, accès au marché, pouvoir de marché, pilotage de la production, coordination

Gagner en autonomie grâce à la Cuma. Expériences d'éleveurs laitiers français à l'ère de la dérégulation et de l'agroécologie
Véronique LUCAS, Pierre GASSELIN
Des éleveurs laitiers en Coopérative d'utilisation de matériel en commun (Cuma) développent de nouvelles pratiques pour gagner en autonomie fourragère et protéique, voire économique et décisionnelle. Ce mouvement d'autonomisation s'articule avec des recompositions de leur organisation en Cuma et modes de coopération de proximité afin de mieux accéder à et gérer les ressources stratégiques, et améliorer l'organisation du travail. Cet article basé sur l'étude de cinq Cuma apporte un nouvel éclairage sur la diversité des stratégies d'adaptation des éleveurs laitiers français dans le contexte actuel de volatilité des cours.
MOTS-CLÉS : agriculteur, autonomie, coopération, agroécologie, Cuma

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FAITS ET CHIFFRES
 
Le secteur laitier chinois. Entre pression des importations et reprise en main interne
Jean-Marc CHAUMET
Après une phase de croissance fortement dérégulée qui a mené à l’éclatement de la crise de la mélamine, le gouvernement chinois a repris en main le secteur laitier avec l’objectif d’augmenter la production, de rassurer les consommateurs et de reconquérir les parts de marché perdues. La filière chinoise se restructure donc vers des exploitations laitières de très grande taille, souvent intégrées verticalement, censées garantir la sécurité sanitaire et accroître rapidement la production, et des transformateurs d’envergure internationale. La réussite de cette politique déterminera l’avenir de la politique laitière chinoise ainsi que celle des importations.
MOTS CLÉS : Chine, politique publique, régulation, commerce international
 
Le secteur laitier français est-il compétitif face à la concurrence européenne et mondiale ?
Christophe PERROT, Vincent CHATELLIER, Daniel-Mercier GOUIN, Mélanie RICHARD, Gérard YOU
Avec la fin des quotas laitiers, l’ouverture croissante des économies et l’accentuation de la volatilité des prix internationaux, la question de la compétitivité du secteur laitier français est placée au cœur de nombreux débats. La compétitivité est généralement définie comme la capacité d’une entreprise ou d’un pays à conquérir et/ou à conserver des parts de marché en affrontant la concurrence aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’export. Le secteur laitier français est non seulement un acteur important des échanges européens et internationaux de produits laitiers, mais il bénéficie d’une solidité des débouchés sur le marché intérieur, y compris pour des produits à haute valeur ajoutée. La baisse de la consommation intérieure (en équivalent lait), la saturation progressive de la demande européenne et la concurrence de plusieurs autres pays partenaires de l’Union européenne constituent aujourd’hui une incitation à mieux valoriser les produits de qualité sur le marché intérieur et à orienter davantage les exportations vers des marchés plus lointains où une croissance de la demande s’exprime. Par rapport à d’autres pays concurrents, européens ou internationaux (Nouvelle-Zélande, États-Unis), le coût de production du lait en France, en particulier dans l’Ouest (principal bassin laitier français), est favorisé par une bonne maîtrise des intrants, en raison notamment d’une production fourragère abondante qui entraîne une forte autonomie pour l'alimentation des vaches laitières. Le mode d’obtention de cette autonomie élevée pèse cependant aujourd’hui sur le niveau moyen de productivité du travail et sur les charges de structure (coût de mécanisation) du fait de l'importance des fourrages désormais principalement cultivés, récoltés et distribués mécaniquement.
MOTS-CLÉS : secteur laitier, quota, compétitivité, prix, coûts de production
 
Libéralisation des marchés laitiers. Une perspective depuis le secteur laitier espagnol 
Jorge SANTISO, Francisco SINEIRO
L’augmentation des quotas a permis à l´Espagne d’accroitre sa production de lait sans compromettre l'équilibre du marché, mais en 2014-2015 se crée un écart d´environ 5 % de la production entre l'offre et la demande, une situation similaire à celle présente dans l'ensemble de l'Union européenne. Le retour à l'équilibre exige une réduction de la production qui devrait être ordonnée et équilibrée afin de ne pas compromettre le maintien du secteur laitier dans les différentes régions
MOTS-CLÉS : secteur laitier, quotas lait, paquet lait, organisation de producteurs, crise surplus

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DÉBAT
Les quotas laitiers montagne. Une expérience de territorialisation des droits à produire
Frédérique LORENZI
L’auteure a travaillé dans différentes organisations professionnelles agricoles françaises (Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière/CNIEL, CNJA, FNSEA) puis, à partir de 1989, à la Commission européenne. Ayant été impliquée dans la mise en place des quotas laitiers Montagne au service Montagne de la FNSEA dont elle était responsable, elle a souhaité procéder à un retour d’expérience et recueillir l’avis des professionnels qu’elle avait accompagnés 25 ans plus tôt. D’autres éléments tirés de son parcours professionnel viennent illustrer son propos, à savoir la réforme de la Politique agricole commune de 2003 qu’elle a suivie pour le Secrétariat Général de la Commission européenne. Ces éléments ne sauraient engager l’institution européenne qu’elle a quittée en 2012. Ils sont tirés d’une communication présentée au colloque Libéralisation des marchés laitiers en juin 2016.

Economie Rurale N°363 Janvier-Mars 2018

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RECHERCHE

Soigner autrement ses animaux. La construction par les éleveurs de nouvelles approches thérapeutiques
Florence HELLEC, Claire MANOLI
Les approches alternatives en santé animale sont devenues courantes dans les élevages, bien que leur efficacité soit contestée par nombre de scientifiques et de vétérinaires. Suivant les principes de la sociologie pragmatique, les auteures ont formalisé le processus par lequel les éleveurs s’approprient ces approches, en reconstituant les quatre scènes au cours desquelles ils s’y confrontent : la formation, l’essai en ferme, le travail en groupe d’éleveurs, la consultation individuelle de spécialistes. Les usages que les éleveurs font de ces approches alternatives relèvent alors de la figure de l’amateur : ils articulent différentes approches pour soigner leur troupeau, ce qui implique une coordination entre leurs propres interventions et celles des autres professionnels de santé.
MOTS-CLÉS : élevage laitier, pratiques sanitaires, techniques alternatives, expertise, sociologie pragmatique

Les éleveurs de Montbéliarde au carrefour de l’innovation génomique. Entre adhésion et résistance, solidarité et concurrence
Claire GAILLARD, Catherine MOUGENOT
La mise en oeuvre de la sélection génomique constitue une étape majeure dans l’histoire de l’élevage bovin. L’objectif de cet article est d’étudier comment elle s’introduit dans les pratiques de sélection de la race Montbéliarde en Franche-Comté. Des entretiens réalisés auprès d’éleveurs, d’inséminateurs et de techniciens-cadres des entreprises de sélection mettent en évidence comment les outils génomiques s’imposent peu à peu, suivant un processus d’alliances, de doutes et parfois de résistances. Les relations historiquement fortes entre l’éleveur et l’entreprise de sélection, notamment la médiation des inséminateurs, donnent lieu à des mécanismes d’entrainement mutuel, favorisant l’intégration de cette innovation. À terme cependant, la sélection génomique vient questionner le savoir-faire de l’éleveur et ce lien au vivant qui fait le coeur de son métier.
MOTS-CLÉS : génomique, sélection, élevage laitier, Montbéliarde, innovation technique

Choisir un vin : rôle de l’implication et des connaissances dans le traitement de l’information disponible
Monia SAIDI, Georges GIRAUD
Cette étude a pour objectif d’évaluer les niveaux de connaissances, d’intérêt des consommateurs vis-à-vis des vins rouges de Bourgogne et de vérifier si ces niveaux ont un impact sur les critères de choix de vins. Près de 415 consommateurs de vins rouges, de deux régions distinctes ont été interrogés. Différents groupes homogènes en fonction des niveaux de connaissances et d’implication ont été identifiés. Les résultats montrent que les niveaux d’implication ou de connaissances n’ont pas d’influence significative sur le choix des critères d’information les plus importants lors de l’achat d’un vin et ne prédisent pas l’appartenance à une classe basée sur le choix des attributs extrinsèques. En revanche, le choix de ces critères varie selon la ville de résidence des répondants.
MOTS-CLÉS : vin rouge, connaissance, implication, analyse conjointe, segmentation

Prix de vente et transmission de fermes au Québec : divergence de vue entre les besoins des cédants et des repreneurs
David OUELLET, Jean-Philippe PERRIER
L’écart croissant entre les valeurs marchande et économique des exploitations agricoles québécoises complexifie le processus de transfert des fermes à la prochaine génération. Cette étude applique une approche d’évaluation d’entreprises agricoles propre au contexte de leur
transmission en vue d’analyser la détermination du prix de vente au transfert. Les résultats montrent que le prix de vente est significativement corrélé aux besoins de retraite nets des cédants et de façon moins significative, à la valeur économique des capitaux propres des entreprises de l’échantillon. D’importants compromis sont réalisés en vue d’assurer le transfert et en dépit de leur plus forte capitalisation, les fermes laitières semblent confrontées aux mêmes défis que les autres types de production.
MOTS-CLÉS : transfert de fermes, planification financière, prix de vente d’entreprises, évaluation d’entreprises agricoles, entreprises agricoles du Québec

La politique d’accès à la propriété privée des terres mises en valeur en zones arides en Algérie. Éléments de discussion
Khadidja BAROUD, Jean-Philippe COLIN, Ali DAOUDI
Les relations entre d’une part, la nature des droits et la disponibilité d'un titre de propriété, d’autre part, la stimulation du marché foncier, l'investissement ou la productivité des facteurs, restent objets de débats. Cette relation est explorée dans le cas de la politique foncière algérienne qui en 1983 ouvre la voie à la privatisation des terres du domaine privé de l’État. Cet article discute l’impact de cette politique en termes de marchandisation et d’usage productif fait de la terre, sur la base d’une enquête conduite dans la wilaya de Laghouat. Nos résultats témoignent de la dynamisation effective du marché foncier, mais en partie extra-légal, et de l’absence de relation mécanique entre privatisation-formalisation des droits et investissements.
MOTS-CLÉS : politique foncière, droits fonciers, privatisation, formalisation, marché foncier

Caractérisation socio-économique des formes d’agriculture durable
Gaël PLUMECOCQ, Thomas DEBRIL, Michel DURU, Marie-Benoît MAGRINI, Jean-Pierre SARTHOU, Olivier THEROND
Les différentes analyses des transitions vers des agricultures durables distinguent souvent deux voies concurrentes, renvoyant aux paradigmes de la durabilité faible ou forte. En dépassant cette opposition polaire, ce travail interdisciplinaire propose une caractérisation socio-agronomique de différentes formes d’agriculture coexistant à des degrés divers dans nos économies occidentales. Les auteurs s’appuient sur une typologie agronomique de sept formes d’agriculture caractérisant les systèmes de production agricole plus ou moins durables, suivant la manière dont intrants exogènes et services écosystémiques endogènes à l’écosystème sont utilisés, et leur mode d’insertion dans les systèmes alimentaires. Ils expliquent les principes qui organisent ces formes, ainsi que les valeurs qui les justifient socialement. Cette analyse permet de discuter les conditions d’efficacité des outils de politiques agricoles.
MOTS-CLÉS : transition, économies de la grandeur, agroécologie, services écosystémiques, système de production, système alimentaire, légitimité

Capitalisme patient et symbiose industrielle. Le cas d’une bioraffinerie territorialisée
Christophe BOUTEILLER, Maryline THENOT, Honorine LESCIEUX-KATIR
L’essor de l’écologie industrielle et territoriale a produit en France une cinquantaine d’initiatives dont la bioraffinerie territorialisée de Bazancourt-Pomacle (Marne). Dotée de la plus puissante capacité d’Europe, elle est considérée comme un modèle de symbiose industrielle. Partant de l’étude de cas de cette bioraffinerie complétée par des entretiens semi-directifs auprès des acteurs, cet article montre le rôle des coopératives agricoles dans le développement de ce site et apporte une contribution à la compréhension du rôle des
organisations coopératives dans les réseaux d’acteurs recherchant l’éco efficience. Les valeurs coopératives qui les ont inspirées de même que l’affirmation d’un « capitalisme patient » ressortent comme les déterminants majeurs de la dynamique d’intégration de cette symbiose industrielle.
MOTS-CLÉS : capitalisme patient, symbiose industrielle, coopératives agricoles, valeurs coopératives, bioraffinerie territorialisée